Une nouvelle micro-saison:La rentrée et la ratatouille

C'est pas tout à fait l'automne, je sais, mais à mon retour de vacances, je trouve qu'on a changé de micro-saison. Quelques feuilles commencent à peine à rougir, les soirées sont plus fraîches et j'ai soudain envie de faire de la ratatouille tous les jours.

Est-ce une micro-saison, la Ratatouille ? Ça devrait l'être : on n'est pas tout à fait dans l'insouciance de l'été, mais pas encore dans la grisaille de l'automne.

Est-ce que j'obsède un peu trop sur la météo ? Oui, peut-être, mais je ne suis pas la seule.

Au Japon, ils ont 72 micro-saisons et nous n'avons que 4 saisons pour décrire l'éventail de ce que nous vivons... Injustice totale ! Surtout ici au Québec, où le thermomètre affiche un écart de plus de 40 degrés dans une seule année. Réduire cette immense trajectoire météo et somatique à quatre pauvres mots, c'est une hérésie sociologique ! Il nous faut des micro-saisons !

Et combien de fois cette scène s'est jouée dans ma tête :

Mon Système Limbique : « Ça sent l'automne. »

Mon Cortex Préfrontal : « Techniquement, on est encore en été. L'automne commence le 22 septembre, à 20 h 05 précises. Pas une minute avant. »

Mon Astrologue Intérieure : « À moins que Mercure ait décidé, lui aussi, que c'était le moment de changer de saison. »

Mon Cortex Préfrontal : « Les équinoxes... le calendrier julien de 46 av. J.-C... »

Mes Orteils : « J'ai froid depuis mardi, où sont mes bas de laine ? »

Mon Système Limbique : « Ratatouille. »

Tout le monde : « Oui !!! »

Les micro-saisons japonaises (七十二候, shichijūni kō) divisent l'année en 72 périodes d'environ cinq jours chacune. Dérivées du calendrier chinois puis réécrites en 1685 par l'astronome de cour Shibukawa Shunkai, elles nomment un événement naturel précis et éphémère plutôt qu'une période climatique générale.

Elles portent des noms explicatifs, évocateurs et d'une poésie saisissante.

  • Du 27 novembre au 1er décembre : 朔風払葉, Kitakaze konoha wo harau, « le vent du nord emporte les feuilles des arbres ».

  • Du 27 au 31 décembre : 麋角解, Sawashika no tsuno otsuru, « les cerfs perdent leurs bois ».

  • Ou encore, du 12 au 15 juin : 腐草為螢, Kusaretaru kusa hotaru to naru, « les lucioles s'envolent depuis les herbes mortes ».

Mais loin de cette poésie nipponne, je repense à notre propre rythme et je me pose autrement la question de mon obsession saisonnière : en quoi est-ce utile d'observer les micro-saisons ? La réponse est simple : je sens l'impact de la saison en cours sur mon esprit et sur mon corps.

J'ai toujours aimé la rentrée scolaire, avec malgré tout ce spleen à dire au revoir à l'été, aux popsicles, aux journées piscine ou plage et au temps non structuré. J'aimais les nouveaux cahiers et crayons, l'anticipation des nouvelles classes, des profs et des ami.e.s.

Je pense que La Rentrée mérite d'être une micro-saison à elle seule, quelque part à la fin de l'été. Les feuilles sont encore vertes, mais la lumière oblique de fin d'après-midi a déjà changé d'angle. On sent l'automne arriver au rangement instinctif des gougounes dans les armoires, et à cette odeur si particulière de terre humide qui monte de nos plates-bandes de fleurs fanées.

Ce n'est pas juste l'envie d'acheter des cahiers neufs ; c'est ce besoin viscéral d'élaguer le surplus accumulé pendant l'été. Faire du vide dans ses armoires pour faire du vide dans sa tête, et offrir un peu de répit à son système nerveux. Pour quelqu'un comme moi avec un défi organisationnel, c'est une tentative presque désespérée de mobiliser mon énergie pour classer, trier, et me donner l'illusion d'un univers rangé et calme avant que les feuilles ne tombent. Cela dure jusqu'en octobre si je suis chanceuse. Ça doit être le début d'une autre micro-saison.

J'apprécie ce moment éphémère d'apaisement automnal. Un peu comme au mois de janvier, la rentrée nous permet de choisir de nouveaux loisirs, horaires ou activités, et de nous projeter avec nos lunettes roses dans un univers de travail fluide et productif, où les licornes dansent sous les pommiers dont les fruits sont prêts à être récoltés pour la compote et les croustades à venir.

Est-ce une micro-saison, la Compote ? Ça devrait l'être aussi, la première semaine d'octobre, juste avant que je perde mon élan de la rentrée.

Parlant d'élan, beaucoup de gens piquent du nez en novembre : manque de lumière, grisaille et accumulation de responsabilités. Se mettre en diapason avec les micro-saisons, c'est une façon de nous mettre en diapason avec nous-mêmes, et aider notre corps à s'ajuster aux micro-changements. Nous sommes des mammifères influencés par notre environnement, et c'est une bonne chose.

Pendant que j'écris ces lignes, au Japon, on vit encore 禾乃登, Kokumono sunawachi minoru, « le riz parvient à maturité » (du 2 au 6 septembre). Mais dès la semaine prochaine, ils entrent dans 白露, Hakuro, la rosée blanche, avec sa première micro-saison : 草露白, Kusa no tsuyu shiroshi, « la rosée scintille sur l'herbe » (du 7 au 11 septembre).

Et vous, quelles micro-saisons suggérez-vous pour que nous puissions nous aussi avoir plus d'images pour décrire notre réalité d'expérience saisonnière ?

Quelques propositions pour le Québec à l'automne :

  • La Ratatouille, une des meilleures micro-saisons

  • La mijoteuse qui refait surface

  • La sortie aux pommes et les croustades

  • Le dernier barbecue

  • Le week-end où l'on monte l'abri Tempo en maudissant le premier vent glacial

  • Le changement de pneus

  • La sortie officielle du chandail principal

  • La dernière tonte de gazon

  • L'achat de chrysanthèmes

À vous de me dire les vôtres ! 🍂

Un temps pour se déposer : Méditation de l'Équinoxe

Le 23 septembre, au Japon, on entre très précisément dans la 46ᵉ micro-saison de l'année : 雷乃収声, Kaminari sunawachi koe wo osamu, « Le tonnerre cesse de gronder ». C'est le moment où la frénésie et les grands orages de l'été s'éteignent pour laisser place à un ciel plus calme, plus doux, plus silencieux.

Si vous avez envie de méditer sur cette transition vers l'automne et d'explorer ce qu'elle éveille en vous, je vous propose une méditation guidée le 23 septembre à 20 h. Un moment doux pour déposer le bruit de l'été et ancrer le corps au fil du changement de saison.

📩 Pour réserver votre place ou obtenir les détails d'inscription, écrivez-moi à halina@baumemontcalm.com

Chat inspectant le thym pour la ratatouille

Ratatouille de fin d’été

Suivant
Suivant

Songe d’une nuit d’été : le corps en vacances